Accueil • Autres Mondes • Monde Végétal • La Déesse

    Derniers articles publiés

    La Déesse

    Par Aranna © 2006

    [Note de 2013 : cet article ayant été écrit il y a plusieurs années, il ne reflète absolument plus ma vision actuelle des choses mais je le laisse pour l'instant en ligne à titre informatif]

    D'une manière générale, la Déesse est associée aux grands passages de la vie : naissance, maturité, mort. Elle est également reliée aux grandes énigmes du monde et aux mystères de la magie, de la nuit, des cycles lunaires et, quoi de plus normal, aux menstruations. En Chine, on parle d’ailleurs de « ses lunes » pour parler de ses règles. C’est sans doute poétiquement et biologiquement plus adapté que les expressions du genre « j’ai les anglais qui débarquent » et autres métaphores d’une subtilité de blaireau.
    Elle préside également à la Nuit, à l'Eau et la Terre, les éléments dits d'essences féminines, sans doute pour leurs capacités à engendrer vies et nourritures.
    On associe souvent la Déesse avec les lieux suivants : les grottes, véritables utérus de la Terre, les plaines fertiles, les champs de blé murs (quoique cette dernière association soit à mon avis, aussi bien féminine que masculine), les mers, les océans, les rivières et tout les cours d'eau, les fontaines, les sources, les bains, les maternités, les cimetières, les îles, le foyer d'une maison.
    Parmi sa multitude d’attributs, on retrouve le croissant de lune, la triple lune : le croissant de la lune montante, le disque de la pleine lune et la lune décroissante pour symboliser ses trois visages, le chaudron, les coquillages, les pierres trouées, la coupe –ou calice- la pierre de lune, les portes, l’argent, le cuivre, les serrures, les étoiles.
    Lui sont très souvent apparentés des animaux comme : la vache, le corbeau, la chouette, le lièvre, la loutre, le lapin, la truie, le chat...
    Ceci dit, ce n'est qu'une simple liste généraliste, qui est à considérer en fonction de votre propre vision de la déesse. Une personne qui a de très fortes affinités avec la Morrigan n'aura pas les mêmes références qu'une personne qui se tourne plutôt vers Mama Yemoya. Enfin, si dans nos cultures la Déesse est plutôt lunaire et nocturne, ce n’est pas le cas partout. Au Japon par exemple, Amaterasu est la Déesse du Soleil, la fonction lunaire est dévolue à son frère, Susanoo-wo-mikano. C'est également le cas dans les pays Baltes et chez les hittites, pour ne citer qu'eux.

    Dans les traditions occidentales, la femme est souvent représentée comme un être changeant et dangereux dont il vaut mieux se méfier. Ce renversement de la vision de la femme s’est fait progressivement avec le passage des anciennes croyances matriarcales au monothéisme masculin, puis plus tard, avec le renforcement de l'influence des religieux sur la population. Cependant, on retrouve des personnages féminins dans la Bible, le Coran et la Torah : Marie, Marie-Madeleine, Fatima, Sarah, Esther (pour ne citer qu'elles) qui sont autant d'avatars de la déesse. La déesse n'a jamais vraiment disparue, elle a simplement changé de noms et ses fonctions ont été éclatées entre ces différents visages, avec différentes étiquettes. Certains trouvent ces étiquettes réductrices, mais dans le fond, limiter le visage de la Déesse à un seul nom, que ce nom soit Cerridwen, Aradia, Kalî ou Marie, n'est ce pas réducteur?
    Ceci dit, il est exact qu'au cours de l'histoire, la femme a perdue sa place centrale et la reconnaissance de son pouvoir guérisseur et sacré en même temps. Les menstruations, auparavant considérées comme sacré sont devenues «malédictions», «expiations». Expiation de quoi ? Du pêché d’Eve, qui avait voulu savoir, accéder à la connaissance et à invité Adam à la suivre dans cette quête du savoir.

     

    La Jeune : Renaître de ses cendres (lune montante)

    La Jeune, ou encore la Vierge comme on la nomme parfois, est le visage du futur, de toutes les choses qui sont à entreprendre, à faire, des actions en devenir, de la transformation et du changement. C'est la dame du blé vert, de l'Aube, des fleurs. Elle est tour à tour Rhiannon, Epona, La vierge Marie, Aluzza, Diana, Artémis, Skuld, Clotho la fileuse, Perséphone... Belle, droite et inexorable comme la glace, la Jeune n'est pas forcément le plus doux des visages de la Déesse. Elle peut s'avérer dure, voir même cruelle pour nous apprendre à avancer sur le chemin de l'expérience où rien ne fait sans épreuves, sans difficultés. Dans une main elle tient les promesses, les rires de l'amour, la joie du petit matin et de l'autre les épines et les épreuves. Travailler avec le visage de la Jeune, c'est se préparer à affronter la vie avec un esprit neuf, c'est reconsidérer les vieux problèmes et les aborder autrement. C'est se ressourcer et refuser la routine, les mauvaises habitudes, c'est apprendre encore et toujours, repartir du meilleur pied possible, sans se cacher ses blessures, mais sans les rouvrir inutilement. Le premier tiers de la roue de l'année est placée sous son auspice : il commence à Yule et finit avant Beltane.

     

    La Mère : Les forces créatrices (pleine lune)

    La Mère est certainement le visage le plus connu et le plus populaire de la Déesse. C'est la Dame du présent, de la lune argenté, du miel, de la vie, des moissons, de la naissance et de la fécondité toujours renouvelée, des récompenses et de la plénitude. Elle est la mère consolatrice et protectrice qui prend les visages de Démeter, Nehelennia, Freya, Vénus, Yemoya, Ishtar, Isis, Hathor, Bastet… Cependant, cet archétype est aussi une période charnière entre la jeunesse et la vieillesse, c'est l'épanouissement conscient avant le déclin, la jouissance de la vie tout en ayant conscience de sa brièveté. Auparavant l'accouchement présentait beaucoup plus de risques mortels, pour la mère comme pour l'enfant, qu'à notre époque. À Sparte, les seules femmes qui possédaient une épitaphe sur leurs tombes étaient les femmes mortes en couches. Travailler avec la mère, c'est accepter de prendre contact avec ses forces créatrices et fécondes, que l'on soit une femme ou un homme d'ailleurs. C'est se rendre compte que chaque être humain peut créer et transformer certaines choses, certains aspects à conditions qu'il le désire. C'est aussi faire preuve d'indulgence, non seulement avec les autres, mais aussi avec soi-même, accepter de ne pas être parfait, de faire des erreurs, et d'apprendre de ses erreurs, sans hontes inutiles et culpabilité. Elle préside le second tiers du cycle de l'année qui commence à Beltane et finit après Lammas.

     

    L'Ancienne : Accepter son ombre (lune descendante)

    L'Ancienne, parfois nommée la Vieille est un aspect de la Déesse qui a tendance à effrayer les gens, bien plus que ses deux autres visages. La vieillesse, le déclin, l'ombre fait peur. Elle n'est pas facilement apprivoisable, et travailler avec l'Ancienne, ou la Dame Noire est parfois éprouvant. Elle nous teste, nous ébranle pour mieux nous aider à nous reconstruire. Ce n'est pas forcément désagréable, mais cela demande une certaine préparation et un état d'esprit, il faut être prêt à accepter certains aspects de sa personnalité, de son caractère qui ne sont pas forcément reluisant, plaisant, ou encore à nous remémorer des périodes que nous aurions préféré enfouir dans un coin de notre mémoire et l'oublier. Cependant, travailler avec la Sombre Déesse ne veut pas dire renier les joies de la vie et n'en retenir que le côté sombre, cela signifie tout simplement accepter de voir ses zones d'ombre, ses limites, de voir la vie de manière un peu moins fluffy et angélique. Traditionnellement on la représente sous les traits d'une vieille femme vêtue de noir, mais si on suis les phases lunaires et les cycles de fécondité, l'Ancienne est simplement le visage des femmes ménopausées, qu'elles aient ou non donné la vie. C'est le crépuscule, la voie de la Sagesse, les mystères dévoilés, Celle qui Sait. Elle a les traits de la Cailleach, de la Morrigane, de Scatach, d'Hécate, de la Vierge Noire, de Kâli, de Hell… Elle est la période sombre de l'année, le dernier tiers qui mène à la mort et à la renaissance. Il commence à Mabon et finit à Yule.

     

    La Mort : Faire son deuil (lune noire)

    La mort est rarement considérée comme un visage de la Déesse à part entière. La plupart du temps, cet aspect est rattaché à celui de l'Ancienne. Pourtant, la lune décroissante, même si elle est un signe indéniable de déclin, ne peut à mon humble avis être confondu avec la lune noire, pas plus que la vieillesse ne peut être confondue avec la mort. La mort fait peur, encore aujourd'hui. Je devrais d'ailleurs dire, surtout aujourd'hui. On meurt à l'hôpital, loin de la famille, on cache soigneusement aux enfants la santé déclinante de leurs parents ou grands-parents, par peur de les traumatiser. On emploi beaucoup de périphrases compliquées plutôt que de dire simplement "il est mort". C'est devenue une figure taboue, dissimulée, et réagir à un deuil est une étape délicate : non content d'avoir à affronter votre propre douleur, vous devez adopter une attitude conforme à ce que la société attend, sous peine d'avoir des réflexions plus ou moins désagréables, et souvent d'une grossièreté inouïe : ne pleurez pas à un enterrement, et on vous demandera pourquoi vous ne pleurez pas. Dans le même ordre d'idée, on est de plus en plus tenu de nous dépêcher de tourner la page et de passer à autre chose, sans que les gens se soucient vraiment de notre douleur. Après une durée X ou Y, vous devez en avoir fini avec "ca", sinon, vous êtes au mieux dépressifs, au pire "très malsain". D'autres réactions comme le cynisme ou l'humour noir vous feront passer pour un monstre sans cœur. Que ce soit une manière d'exorciser votre chagrin passe au dessus de la tête des gens. Quand nous avons mal, nous devons prendre des médicaments. Quand nous passons un moment difficile, on nous dit de prendre des anti-dépresseurs et d'aller consulter !

    Vivre un deuil est une expérience très difficile, peu importe que ce soit votre mère, votre frère, un ami, un voisin, votre chien. Ne laissez personne vous dire comment, à son avis, vous devriez réagir. Prenez le temps d'écouter votre douleur, de l'accepter, de la vivre. Acceptez de vivre désormais sans la présence physique du défunt, si ca vous soulage, pleurez, hurlez, cassez de vieux objets, prenez quelques jours de congé, laissez votre corps "en plan" sans vous lavez ou vous coiffez si vous le désirez, retirez vous et méditez, ou au contraire, passer du temps avec d'autres personnes qui partagent et vivent le même deuil, par exemple, avec vos frères et sœurs si il s'agit de vos parents.
    D'autres personnes vont choisir de vivre leur deuil en silence, sans cris ni pleurs, en continuant leur chemin tout à fait normalement en apparence. Elles sont même parfois cyniques, et leurs réactions sont jugées "choquantes" par les autres. Mais au fond d'elle, elles seront brisées, et il se peut que plusieurs mois ou années après, elle vous dise "tu te souviens quand on s'asseyait là etc..." avec une voix tremblante. Si vous connaissez des gens qui sont comme ca, respectez leur chagrin. Ne leur dites pas que "ca fait longtemps". Elles le savent. Elles en sont conscientes. Si vraiment leur attitude vous inquiètes, et qu'elles semblent allez très mal, vous pouvez essayer d'en parler avec elles, avec tact et leur faire part de votre inquiétude. Voyez comment elles réagissent. Les dépressions nerveuses sont assez difficiles à déceler, et je pense que ce n'est facile pour personne de savoir où commence une dépression et où finit un travail de deuil. Soyez à l'écoute sans étouffer.

    La lune noire est une phase de fin et de recommencement, c'est pourquoi je l'associe à cet aspect de la Déesse. Les déesses pouvant être associées à ce moment sont très nombreuses et les possibilités sont variées, suivant votre sensibilité, vos réactions, la nature de votre deuil, vos affinités, votre regard sur la mort et l'au-delà.
    Quelques exemples de déesses : Perséphone, Hel, Sedna, Hécate, Cailleach, Nyx, et toutes les déesses qui ont une fonction de psychopompe ou un aspect chtonien très prononcé.

     

    À lire aussi