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    Benandanti

    Encyclopedia Of Witches & Witchcraft de R.E Guiley
    traduction et adaptation Aranna © 2006

    C'est ainsi que l'on appelle les participants d'un antique culte agraire du Nord de l'Italie, et qui existait toujours à la fin du XVIe siècle, époque où il attira l'attention de l'Inquisition, notamment en raison de l'existence de combats nocturnes contre des sorciers et des sorcières dans le but d'assurer la fertilité des cultures et des troupeaux. Le terme benandanti signifie "bon marcheur". Ce culte se recontre dans le Friûl, une région isolée du nord-est de l'Italie, creuset où se mêlent les cultures italiennes, germaniques et slaves. Les benandanti comportaient dans leur rang aussi bien des hommes que des femmes qui étaient "nés coiffés"  ; c'est-à-dire dont la membrane amniotique recouvrait une partie du corps, plus spécialement la tête. Outre une marque de leur appartenance aux benandanti, c'était aussi le signe qu'ils étaient capables de briser les mauvais sorts et pouvaient reconnaître les sorcières. Certains benandanti conservaient leur coiffe et la portait autour de leur cou comme une amulette.


    Ces hommes et ces femmes servaient leur village au moment des Quatre-Temps, ces changements de saisons marqués par les solstices et les équinoxes. À minuit, généralement un jeudi mais parfois un vendredi ou un samedi, ils étaient invoqués, soit à l’aide de tambours, soit, selon la tradition, par des anges. Si pour une raison ou pour une autre ils ne parvenaient pas à répondre assez rapidement à l’appel, ils risquaient d’être passés à tabac. Au moment où ils quittaient leurs corps, leurs esprits prenaient l’apparence de papillons, de souris, de chats, ou encore de lièvres. Il se rendaient dans la vallée de Josaphât [NdT : la vallée où selon la bible aura lieu le jugement dernier] où il affrontaient l’armée des Sorcières, également sous une forme astral. Les benandanti étaient armés de queues de fenouil, plante connue pour ses vertues curatives. Les Sorcières elles, étaient armées de tiges de sorgho, une sorte de millet dont le rôle peut s’apparenter à celui du balai.
    Pendant plusieurs heures, les armées d’esprits s’engageaient dans un combat féroce. Si les benandanti remportaient la victoire, alors les récoltes de l’année seraient abondantes. Si au contraire, c’était les Sorcières qui gagnaient, cela annonçait une période de disette, de peste et de misère. Après « La partie » comme le combat était surnommé, les benandanti et les sorcières passaient de maisons en maisons à la recherche d’eau pure à boire. Si ils n’en trouvaient pas, les sorcières rentraient dans les celliers renverser les tonneaux, ou en buvaient le vin avant d’uriner dedans.
    C'est au chant du coq que les esprits devaient retourner dans leurs corps. S'ils ne le faisaient pas, ou bien si leur corps s’étaient retournés sur le ventre durant leur absence, ils couraient le risque de ne pas pouvoir réintégrer leur enveloppe corporelle. Leur esprit était condamné à errer sur terre jusqu’au jour où leur mort aurait dû survenir.


    Les origines de ce culte sont inconnues mais il est probablement très ancien. Le voyage astral et les luttes d'esprits sous des traits animal sont de nature chamanique. Le Benandanti pourrait être un rejeton du culte de Diane, connu en Italie depuis la fin du XIVe siècle. Les adeptes de Diane célébraient des sabbats de manières tout à fait calme et pacifique que l'Église n’associa à des rituels diaboliques que bien plus tard. Si les rites des benandanti n’avaient aucune ressemblance avec ceux des cultes dianiques, tous deux étaient en lien avec les récoltes, et le but recherché était identique. Les benandanti se considéraient eux même comme des soldats du bien, préservant les récoltes et protégeant leurs villages de la malveillance des sorcières. Ce culte persista en dépit des diverses mesures magiques et spirituelles prises par l’église dans le même but, comme l’aspersion d’eau bénite dans les champs, l’érection de croix, les processions et les prières pendant les rogations [NdT : Le jour de la saint Marc et les trois jour précédant l’Ascension ].

    Bien que païen à la base, ce culte acquis des éléments chrétiens à la fin du XVIe siècle. Les benandanti se mirent au service de Dieu et du Christ en combattant les envoyés du diable.
    Ils attirèrent l’attention de l’Église en 1575, lorsqu’un prêtre de Brazzano entendit des rumeurs au sujet d’un homme de Cividale, Paolo Gasparutto, qui pouvait soigner les personnes ensorcelées et qui « vagabondait la nuit en compagnie des sorcières et des gobelins ». Convoqué et interrogé par le prêtre, Gasparutto révéla les sorties qui avait lieu aux changements de saison, ajoutant qu’en plus des combats, ils dansaient et chevauchaient des animaux. Comme aux yeux du prêtre, ces célébrations ressemblaient tristement aux sabbats des sorcières, il décida donc de convoquer les Inquisiteurs.
    Divers interrogatoires et enquêtes furent menés dans la région de 1575 à 1664. L’Inquisition mis tout en œuvre pour associer les benandanti aux sorcières et leur faire avouer qu’ils participaient à leurs sabbats (dont il est dit qu’il avait lieu tous les jeudi soir) et avaient abjuré le Christ pour donner leur âme au Diable.
    Dans leur grande majorité, les benandanti s’opposèrent aux efforts des Inquisiteurs, insistant sur le fait qu’être benandanti n’empêchait ni d’aller à l’église régulièrement, ni les prières chrétiennes. Ils ajoutèrent qu’ils avaient été forcés de devenir benandanti parce qu’ils étaient nés coiffés. Initiés au moment de l'adolescence, ils prenaient dix ou vingt ans de « service » avant d’être relevés de leurs obligations. Quelques benandanti prétendirent être sortis lors de chaque changement de saison, tandis que les autres avouèrent n’être sortis qu’une seule fois en quelques années. Selon d’autres encore, ils n’étaient appelés que dans le cas où les sorcières "faisaient le mal".

    Certains savaient lesquels étaient des benandanti et lesquels étaient des sorcières, tandis que d’autres ne les reconnaissaient que sous formes spectrales. La plupart refusèrent de livrer les noms des autres benandanti et les détails des combats par peur de représailles. Toutefois, cela n’empêchait pas les Inquisiteurs de découvrir l’identité des membres des deux camps.
    Le voyage hors du corps était l’un des aspects de ces tournées nocturnes qui laissait perplexe les inquisiteurs. Vers la fin du XVIe siècle, Inquisiteurs et démonologues commencèrent à s’opposer sur l’existence réelle de sabbats de sorcières, qui pouvaient n’être que des hallucinations. Les benandanti insistèrent cependant sur le fait que leurs combats d’esprits étaient réels, qu’ils pouvaient bel et bien laisser leur enveloppe corporelle, s’en aller combattre sous formes d’esprits et prendre ensuite un aspect animal. Toujours selon eux, ils ne ressentaient aucune souffrance durant le combat. D’après leurs dires, ils quittaient leur corps après se l’être frotté avec du baume ou de l’huile tandis que les autres tombaient en syncope dans un état proche de la catalepsie. Ce qui se passait par la suite, les paysans étaient incapables de l’expliquer. Une description du voyage astral vers la vallée de Josaphat, réalisée en 1591 par Menechino della Nota sous forme de rêve dans le but d’échapper aux inquisiteurs, est relatée dans l'ouvrage de Carlo Ginzburg Les Batailles Nocturnes :

    « J’avais l’impression que nous étions là tous ensemble, comme dans un brouillard mais nous ne pouvions nous reconnaître les uns les autres, cela donnait l’impression de se déplacer à travers les airs comme de la fumée et que nous traversions l’eau comme de la fumée… et tout le monde retourna à bon port comme de la fumée… »

    Aucun inquisiteur n’acceptait que l’âme puisse laisser le corps et le réintégrer alors que l’on était en vie. Que les benandanti revêtent l’apparence d’animaux menait les inquisiteurs à croire qu’ils commençaient par revêtir physiquement cette apparence animale et tentaient d’asseoir la supériorité du Diable. Jusqu’à l’inquisition de l’ Église, l’on ne connaissait que très peu de choses au sujet des benandanti, même dans leurs propres villages. Ceux qui étaient connus pour rompre les sorts et leur don de guérison étaient très recherchés. L’attention de la population combinée aux efforts persistants de l’église à allier Benandanti et Sorcellerie, mena finalement à accroître l’association des benandanti avec les sorcières. En 1623 l’Église obtint d’eux l’aveu de leurs participations aux sabbats des sorcières. Cela ouvrit la voie à d’autres confessions accablantes de pactes avec le Diable, de rejet de la croix, de vampirisme et d’abjuration de la foi chrétienne. Ce qui avait été jadis un simple rite agraire se transforma en rite diabolique.

    En dépit de son succès, l'Église mit peu d'ardeur à persécuter les benandanti. Bien des procès ne furent jamais conclus et la torture ne fût pas utilisée. Les châtiments, lorsqu'ils étaient appliqués, étaient peu sévères –peines de prison ou bannissement. Apparemment ce ne fut que lorsque le scepticisme envers le surnaturel et la sorcellerie gagna l’Europe que les benandanti furent connus. Le dernier grand procès pour Benandanti survint en 1664. Il y eu encore quelques tentatives d’inquisitions à la fin des années 1600 mais les procès furent abandonnés.

     

     

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