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    Introduction générale

    Tiré du livre Sacred Paths for Modern Men, Dagonet Dewr
    Traduction & adaptation Ulvatten © 2012


    « Dieu a créé l’homme à son image, et l’homme, en gentleman, lui a rendu la pareille. » Mark Twain.


    Mais que peut bien être un dieu ? Mon professeur d’expression me conseillait toujours de définir les termes que j’emploie au plus tôt dans mon discours afin de ne pas perdre mes auditeurs ou mes lecteurs.
    Nous avons tous nos propres définitions, surtout lorsqu’elles concernent des mots chargés émotionnellement – et le Divin est aussi chargé émotionnellement qu’il est possible de l’être. Néanmoins, essayons d’élaborer une définition et voyons ce que ça donne.
    Avec une tactique rhétorique qui comblerait de joie mon institutrice d’école primaire Mme Kotek, commençons par une définition issue du dictionnaire :

    dieu (n.m)

    1. Un être imaginé comme parfait, omnipotent, omniscient, créateur et régent de l’Univers, objet principal de foi et de vénération dans les religions monothéistes. Force, effet, manifestation ou aspect de cet être.
    2. Un être doué de pouvoirs ou d’attributs surnaturels, en lequel un peuple croit et qu’il vénère, spécialement une déité mâle qui est supposée contrôler une partie de la nature ou de la réalité.
    3. Une image d’un être surnaturel ; une idole.
    4. Qui est vénéré, idéalisé ou suivi : l’argent était leur dieu.
    5. Un homme d’un grande beauté.
    6. Un puissant dirigeant ou un tyran.

    Alors comment, en tant qu’hommes et païens, définirions-nous le terme « dieu » ?
    Ce n’est pas chose aisée. Pour commencer, nous nous heurtons de façon immédiate au problème de la définition du mot Païen – et cette discussion pourrait prendre le pas sur ce manuscrit plus rapidement que du kudzu envahissant votre pelouse de devant. (Pour paraphraser le grand Alton Brown : « Ceci est un autre livre. ») Il faut également prendre en compte le fait que ce livre n’est pas uniquement destiné aux païens, bien que je l’écrive d’un point de vue Païen ; pour cette raison, nous avons besoin d’une définition empreinte de flexibilité et de pragmatisme.

    Nous pourrions certainement retravailler l’une des définitions énumérées ci-dessus afin que l’une d’elles finisse par nous convenir, mais ce serait comme personnaliser une voiture ou un chargement de logiciel.

    Pour commencer, la définition 1 peut passer directement par la fenêtre.
    S’il y a une chose que les païens partagent, de part mon expérience, c’est leur non-croyance dans les termes « parfait, omnipotent, ou omniscient », du moins pas comme une définition pratique quotidienne de la divinité. S’il y a un unique créateur de l’Univers, il a mieux à faire que de passer son temps à se faire du souci à propos de notre activité sexuelle avec de mauvais partenaires. Il en est de même pour quelqu’un « régnant » sur l’Univers – encore une fois me basant sur ma propre expérience, on n’entend pas parler de ça chez les païens.

    Maintenant, une pensée à propos de l’expression « ma propre expérience » avant d’aller plus loin.

    Ma collègue Galina Krasskova, dans son brillant ouvrage Exploring The Northern Tradition: A Guide To The Gods, Lore, Rites And Celebrations From The Norse, German And Anglo-saxon Traditions, utilise un concept important que j’ose emprunter ici avec reconnaissance : l’UPG, ou Unverified Personal Gnosis (Gnose Personnelle Non vérifiée). Un UPG – le terme a apparemment été utilisé pour la première fois dans Wicca 333 de Kat MacMorgan et est communément employé dans de nombreuses communautés restructuralistes – est une vérité révélée  à propos d’une déité ou d’une pratique qui est obtenue par un travail religieux personnel.

    L’exemple utilisé par Krasskova est que la déesse Freya aime que des fraises lui soient dédiées ou offertes lors d’un rituel. Ce n’est écrit nulle part dans la tradition nordique mais suffisamment d’Ásatrúars l’ont découvert par eux-mêmes et c’est passé dans la pratique générale.
    Élémentaire. Voici le reste de l’équation : une bonne partie de ce que je vais aborder dans ce livre est de l’UPG, que ce soit le mien ou celui de quelqu’un d’autre.

    Ce livre n’a pas pour vocation d’être un compte-rendu historique et autoritaire des pratiques pré-chrétiennes. Il y aura des prières et des travaux dans ce livre ; je ne les ai pas transcrits du vieux norrois, de l’Étrusque. Il y aura des sorts dans ce livre ; je ne les ai pas reçus de ma grand-mère dans la cuisine. Ce livre contient de l’information – appelez-ça de la Sagesse si vous voulez – que j’ai recueillie pendant environ 18 ans comme païen, 15 ans comme prêtre Wiccan, 8 ans dans la Pagan Pride, et 3 ans comme initié du  Mankind Project. Si je trouve qui que ce soit détournant ce livre en le citant comme parole d’évangile passée à travers les siècles, je l’attache et l’oblige à lire les œuvres choisies de Bob Larson et Michael Warnke.

    Maintenant, revenons à notre définition du dessus.

    Nous pouvons éliminer les définitions 3 à 6 tout aussi facilement. Nous ne sommes pas en train de parler d’idolâtrie ; nous ne sommes pas en train de parler de Brad Pitt ; nous ne sommes pas en train de parler de dirigeant avec des airs de divinité ; et nous ne sommes certainement pas en train de parler de Dieu dans le sens du graffiti classique « Clapton Is God » (bien que de manière intéressante, je puisse imaginer un univers où Clapton serait la manifestation directe du Divin – mais seulement lorsqu’il joue  de la guitare). Nous commençons à être à court d’options là, mais il ne nous reste plus qu’une seule possibilité.

    Essayons la définition 2 pour voir. Waouh ! Nous avons une définition qui fonctionne. « En lequel un peuple croit et qu’il vénère ». Ok. « Une déité mâle qui est supposée contrôler une partie de la nature ou de la réalité ». Ok. «  Pouvoirs ou attributs surnaturels ». Eh bien, je pourrais chipoter à propos de ça ; pour moi, les dieux sont extrêmement naturels, et parfois c’est l’homme qui ne l’est pas, mais en dehors de toute considération sémantique, je peux vivre avec.

    Donc, après nous être débarrassés des définitions dont nous n’avions pas besoin, nous en sommes réduits à ça :

    « Dieu. Un être doué de pouvoirs ou d’attributs surnaturels, en lequel un peuple croit et qu’il vénère, spécialement une déité mâle qui est supposée contrôler une partie de la nature ou de la réalité. »

    Ça colle plutôt bien, mais il nous reste encore un point intéressant. Le livre est intitulé Sacred Paths for Modern Men (Voies sacrés pour hommes modernes) et pas Sacred Gods (Dieux Sacrés). Pourquoi cela, à votre avis ? Ok, ok, je l’admets, ce n’est pas une question rhétorique. Ce livre ne concerne pas seulement les dieux, il concerne la manière dont les dieux sont liés aux hommes qui les vénèrent, les suivent, les servent, travaillent avec eux, les aiment. Ce n’est pas à propos d’Eux, mais à propos de nous – et ce que leur réapparition, présence et amour signifient pour nous en ces jours modernes.

    En tant qu’hommes, nous commençons à peine à réaliser que nous aussi, nous avons été victimisés par le patriarcat, par l’influente structure qui s’est développée dans notre monde durant de nombreuses années. Nous commençons à apprendre que les chaînes que nous avons mis aux femmes pesaient sur nous également, et que nous ne voyions pas ces choses damnées jusqu’à ce qu’elles nous entraînent vers le fond. Nous avons oublié comment pleurer, hurler, chasser, aimer, honorer, enseigner, initier. C’est ce manque d’héritage spirituel et ancestral qui a conduit nombre d’hommes sur les voies païennes, et c’est cet héritage que nous reconstruisons et réclamons chaque jour.

    Nous reconstruisons cet héritage de beaucoup de manières différentes. Certaines d’entre elles sont constructives. Nous revenons à notre moi primaire, ce que Robert Bly appelle l’Homme Sauvage, à travers le travail avec d’autres hommes dans des espaces sains. Nous exprimons notre douleur face aux rôles dans lesquels la société a essayé de nous faire rentrer de force, à travers la thérapie ou le travail de groupe ou le cheminement personnel. Nous redécouvrons le Mâle Divin fonctionnel à travers le travail religieux, chamanique ou magique.

    Et puis il y a les manières destructrices. Boire ou se droguer à l’excès ; abus émotionnels, physiques ou sexuels ; fuir dans les clichés éventés de la vie masculine exprimée à travers les publicités pour bières bon marché, les rediffusions de Jackass, Girls Gone Wild, l’abus de substance, les fêtes de cercles mal fréquentés – toutes ces choses en ont une en commun : A travers nos habitudes destructrices nous nous cachons de la souffrance que nous ressentons de ne pas avoir d’héritage masculin sacré, souffrance que nous n’arrivons pas à exprimer car notre capacité à ressentir a été systématiquement estropiée par la société et par nous-mêmes. Nos tribus sont parties, nos chasses sont futiles, nos défenses émotionnelles risibles. Nous n’avions rien. Nous sommes juste des drones.

    Mais cela n’a pas à demeurer ainsi. Nous pouvons nous accepter et réclamer notre nature sacrée. La société a pris nos dieux, nos tribus, nos ancêtres – nous pouvons les reprendre, ou en créer de nouveaux. Si ce n’est pas de la magie je ne sais pas ce que c’est ; je pense que reconstruire un archétype spirituel complet, le Mâle Sacré, est le travail de toute une vie ! Ce dont ce livre parle, en dernière analyse, est de ce processus. En examinant les histoires, symboles, réalité et nature des dieux, nous nous examinons nous-mêmes, et dans Leur réalité nous trouvons les clés pour changer nos propres réalités profondément masculines pour le meilleur.