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    Fluffy-bunny

    Par Aranna © 2012

     

    Fluffy-bunny est un terme péjoratif utilisé depuis une dizaine d’année pour qualifier ceux qui restent à la surface d’une pratique, ne l’abordant que de manière superficielle, si possible en évitant tous les sujets sombres ou prêtant à controverse.

    Ce qualificatif peut s’appliquer à tous les païens (j'aurais tendance à dire "à toutes les spiritualités" puisqu'on trouve partout des franges dogmatiques et simplistes), mais dans les faits, il est souvent utilisé pour désigner des wiccans néophytes, souvent assez jeunes (bien que ce ne soit pas, et de loin, une règle générale), au point devenir parfois synonyme de « débutant ».

    Ce que je trouve intéressant, c’est la corrélation entre la Wicca et les Fluffy-bunnies : si on regarde bien l’histoire et les pratiques de la Wicca, cette dernière n’a vraiment rien de fluffy, bien au contraire. En revanche, c’est une voie très popularisée et vulgarisée, comme en témoignent le grand nombre de livres à destination des débutants et les blogs qui pullulent sur le net : comme c’est une pratique de plus en plus largement diffusée, en toute logique, il est normal que les débutants se tournent vers elle. Après s’être familiarisés avec toute cette forêt de concepts et appréhendés un peu mieux les différents sentiers, nombreux sont ceux qui découvrent que telle ou telle voie correspond mieux à leurs attentes ou fait décidément plus underground, plus true, et se proclament hedgewitch, Sorcière ou je ne sais quoi, en jetant la Wicca aux orties, l’accusant d’être « neuneue » parce que c’est plus facile d’accuser une spiritualité que d’assumer d’avoir été un jour un débutant un peu naïf. Si vous êtes superficiel et que vous avez peur du grand méchant loup, ce n’est pas la peine de rester au milieu du chemin pour dire ensuite que cette forêt là est inintéressante et qu’on n’y trouve rien de valable. Peu importe la forêt que vous voudrez explorer, tant que vous n’aurez pas modifié votre attitude et fais le point sur vos peurs et vos attentes, vous allez rester plantés au même endroit. Le problème, c’est vous, pas la forêt.

    Fluffy-bunny est le terme qui s’est le plus répandu, mais on trouve tout un florilège d’appellations du même acabit, dont certaines sont beaucoup plus parlantes : Insta-witches (Sorcière instantanée), McWiccans, Playgans (jeu de mot entre Playground et Pagan que l’on pourrait traduire par Païens de cour de récré), Sorcière du dimanche.

    Je ne vous fait pas un topo sur comment on reconnait un fluffy-bunny, on trouve facilement ce genre d’article sur le net (parfois écrit/recopié par des gens qui feraient bien de se regarder d’ailleurs) et parce que soit vous avez dépassé ce stade et vous savez à quoi vous en tenir, soit vous débutez et il y a certainement une pléthore de choses plus importantes et plus intéressantes à apprendre.

    Ce que je trouve dommage, c’est d’une part cette facilité avec laquelle cette accusation est parfois jetée, semant une discorde dont à dire vrai, on n’a pas vraiment besoin. D’autre part, certes c’est agaçant et discréditant de voir toujours les mêmes rengaines sur le Burning Time ou sur la pratique de la Wicca remontant à la proto-histoire et autres simplifications oiseuses, le tout arrosé de Libana et d’images de déesses radieusement enceintes et de petits pentacles étoilés, je sais, mais honnêtement, avons-nous fait beaucoup mieux ? (Si oui, je vous admire sincèrement, parce que ca n'a pas été mon cas !) Ne faut-il pas commencer un jour ? Soit ils changeront et évolueront – ou pas, dans ce cas, pourquoi perdre son temps avec des cas irrécupérables ? –, soit ils rangeront la Wicca et le paganisme au placard comme une passade de jeunesse.
    Dans les deux cas, est-ce que cela vaut vraiment le coup de les accueillir à coup de railleries mal contenues dans un mépris très savamment distillé ou de passer notre temps à leurs faire remarquer qu’ils sont dans l’erreur ? Est-ce que l’on ne devrait pas se prendre moins au sérieux et être simplement heureux de voir que des gens ont l’esprit suffisamment ouvert pour explorer une voie spirituelle ? Peu importe finalement comment ils le font, au moins ils essayent. Ces jeunes ados couverts de bijoux sont peut-être une offense au bon goût de certains, mais qu’on le veuille ou non, ils représentent aussi le monde païen de demain. Vaut-il mieux leur ouvrir la porte  (avec une bonne dose d'humour et de patience) ou la leur claquer au nez pour une ridicule histoire de dress-code ?

    Je pense que si ceux que l’on désigne sous le terme de fluffy-bunny énervent autant, c’est pas mal une question d’égo nous on est des trues, pas eux (ce qui, sans forcément formuler les choses de manière aussi tranchée, n'est pas à 100% faux non plus. On passe généralement d'un extrême à l'autre : de fluffy-bunny, on a tendance à passer au côté obscur et à ne voir ensuite que la noirceur et l'aspect sombre des choses, ensuite, la balance se rééquilibre).
    Au final, quand on regarde de plus près des pratiquants qui n'ont, en apparence, rien de fluffy, on constate qu'il y a parfois de vrais étalages d’égos et de politiquement correct dispensé à grand renfort d’éthique, d’exclusion de tout un tas de domaine et de « moi j’ai pratiqué pendant X années, j’ai suivi tels et tels stages alors j'ai raison ». Le must étant l'argument de l'âge asséné comme une massue : Je suis plus vieux donc j'ai raison. Pas toujours. Le tout canalisé par une volonté, certainement inconsciente, de donner une image bien proprette du monde païen, avec des pratiquants tout gentils et mignons pour bien se faire accepter par la société. Dans le fond, cela n'a pas tellement d'importance, c'est juste regrettable de passer son temps à se bouffer le nez alors qu'on devrait essayer d'en rire et de passer au-dessus de tout ça. Il ne s'agit pas d'aimer tout le monde ou de dire que tout le monde a raison, peut-être juste de s'occuper un peu moins de ce que fait l'autre et un peu plus de sa propre assiette.

     

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