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    La Mère des Morts

    Extrait du livre Witchcraft Medicine, C. Müller-Ebeling, C. Rätsch, W.-D. Storl
    Traduction & adaptation Aranna © 2013 

    De la même façon que la femme sage amène à bon port les enfants venant au monde, elle est la mère des morts, la Leichenwäscherin (littéralement, "celle qui lave les cadavres") accompagnant les mourants dans leur voyage au-delà du seuil. Elle pressent quand quelqu’un va mourir, parce que ce processus débute habituellement bien avant que le malheureux ait rendu son dernier soupir. Elle est capable de percevoir la venue de la mort parce qu’elle a traversé le seuil, au-delà de la haie et qu’elle en est revenue. Elle en a reçue le don, de naissance, par initiation ou appel.

    Après que le coeur humain ait cessé de battre et que la personne ait rendu son dernier souffle, elle se glisse hors de son enveloppe charnelle et entreprendra à travers les sphères le chemin inverse de celui qu’elle a suivie au moment de sa naissance. Mais au début, la personne est maladroite et vulnérable, comme un papillon tout juste sorti de son cocon, à peine consciente des esprits ancestraux, des anges ou des démons qu’il peut rencontrer de l’autre côté. Elle est toujours en partie dans ce monde ci. Des traditions de toutes les provenances mentionne que la personne qui vient de décéder est toujours capable de voir et d’entendre ce qui arrive autour d’elle. Elle a cependant besoin d’aide pour s’orienter, et, à l’instar de l’enfant venant de naître, requiert une attention aimante. Elle a besoin des soins d’une Leichenwäscherin, qui la prendra dans ses bras, caressera de ses mains sa peau pâlissante et qui apaisera doucement ses peurs et sa confusion par de tendres encouragements. "Regarde comme je te fais beau/belle, Regarde de quels beaux vêtements je te pare. Nous aurons une belle veillée pour Toi, il y aura à manger et à boire." La Leichenwäscherin brosse même les cheveux et coupe les ongles de la personne défunte.

    Il est compréhensible que durant l’Inquisition, la laveuse de corps, tout comme la sage-femme, courrait le risque d’être accusée de sorcellerie, de nécromancie ou d’avoir conclu un pacte avec les morts et devait dissimuler son travail sous une apparence chrétienne. Elle n’en était pas moins fidèle à sa tâche ; Marie-Madeleine prenant soin de l’Ecce Homo. Dans bon nombre de sociétés, elle celle qui chantait les lamentations (NdT : la pleureuse).

    Après le trépas, une veillée funèbre réunissait la famille et les proches. Durant trois jours, ils demeuraient auprès du défunt, parce qu’il était dit que l’âme de ce dernier restait dans son corps trois jours durant. Pendant ce laps de temps, la personne défunte demeurait toute proche et pouvait apparaître à celles et ceux dont il avait été proche au long de sa vie. Même quand l’âge, la maladie ou le coup fatal l’avait marqué, le défunt apparaissait sous une forme éblouissante, belle et jeune à ceux qui pouvaient le percevoir, parce que le corps éthérique demeure vierge de toute atteinte extérieure (NdT : je suis un peu sceptique sur ce coup là, mais passons).

    Pendant les trois jours que durait la veillée, il était possible d’adresser à la personne décédée les messages importants et les bénédictions  de ceux qu’elle laissait derrière elle. La lumière des bougies (la lumière de la mort), la fumée des herbes aromatiques et des résines, les fleurs fraîches et les chants lui offrant une protection contre les influences négatives durant cette phase de transition, cette période de métamorphose. Dans les Andes, les gens jouaient aux dés pendant la veillée (velorio) ; l’on disait que le défunt dirigeait les dés, marquant ainsi sa préférence ou son indifférence.