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    La magie du Seiðr

    Par Ed Richardson, tiré du site de Phil Hine.
    Traduction et adaptation par Aranna © 2013


    De toutes les tentatives de reconstructions de systèmes de pratiques de magie archaïque, le Seiðr semble être l'un des plus méconnus. D'une part à cause de sa mauvaise réputation, d'autre part en raison de la notion sexiste que seules les femmes pratiquaient la divination.
    Trop souvent, le Seiðr est confondu avec l'Art de la Völva, là où (bien qu'une telle notion soit utile) les Völvas ne sont qu'un élément d'une pratique en réalité beaucoup plus large.

    Afin de donner un sens à cet ensemble de pratique et de croyances qui constituent le Seiðr, il convient de considérer certaines définitions, suivies rapidement des pratiques qu'elles comportent et leurs implications. L’ensemble de l’essai devant illustrer des exemples trouvés dans les mythes nordiques.

    Le mot Seiðr signifie littéralement "bouillonnant" ou "en ébullition", et cette pratique a beaucoup en commun avec le chamanisme et d'autres formes de magie primitive. Il est en effet fort probable que le Seiðr soit une adaptation de pratiques chamaniques, ces dernières ayant évoluées au moment où la religion, l'agriculture et la métallurgie firent progressivement leurs apparitions.

    Le Seiðr n'est cependant pas une pratique religieuse, mais magique. De là provient une partie de sa mauvaise réputation. Jan Fries explique que les praticiens du Seiðr auraient vendu leurs aptitudes, ce qui en fait, en quelque sorte, des mercenaires de l'occulte. L'usage de cette magie est toujours pragmatique, et cet usage se reflète comme tel dans les mythes.
    Les mythes jouent un rôle essentiel dans la compréhension de la magie nordique, car ils montrent de quelles manières les Ases, les Vanes, les Géants et les humains utilisent la magie pour faire face aux problèmes, faisant appel à des techniques qui peuvent s'avérer encore utiles de nos jours.

    Quelle était donc la magie du praticien du Seiðr ?
    Beaucoup a déjà été dit sur le rôle de la Völva, parfois au détriment des autres types de praticiens du Seiðr. Ceci expliquant en partie la distorsion de la perception de la nature du Seiðr, un peu comme si on disait que "la magie est de la sorcellerie", bien qu'il puisse être vrai (ou faux dans certains cercles wiccans) que "la sorcellerie est de la magie".
    Nigel Pennick et Jan Fries ont répertoriés un certains nombre de types de praticien du Seiðr :

    • Dulr  (de l'Anglo-saxon Thyle) : le poète "chamaniquement inspiré", orateur et sage, qui pourrait avoir certains points communs avec le barde celte.
    • Warlock : Le magicien écossais qui pratique la magie pour lier, contraindre ou assigner les esprits à une tâche définie.
    • Völva : qui effectue des séances publiques pour répondre à des questions liées au temps et aux récoltes.
    • Berserker : Celui qui porte une peau d'ours durant le combat et se change en ours pour acquérir force surhumaine et invulnérabilité pendant la bataille. Se battait en unité.
    • Ulfhednar : Celui qui revêt une peau de loup et pratiquait le changement de forme pour régler des conflits individuels et livrer des guérillas.
    • Svinfylking : Guerriers qui se changeaient en sangliers et constituaient une troupe d'élite. Connus pour leurs aptitudes d'infiltration, d'évasion et leur force surhumaine.
    • Hagzissa ou « hedge-sitter » (littéralement « qui s'assoie sur la haie », « qui chevauche la haie ») : la personne qui fait le lien entre la vie du village et le monde des spectres, des esprits et des Dieux.
    • Seiðrkona (f) / Seiðramadr (m) : désigne de manière générale le/a praticien/ne, le/a magicien/ne qui pratique la transe du Seiðr.

    Il ne fait aucun doute que de nombreux autres termes auraient pu être ajoutés à cette liste. La magie du Seiðr telle qu'elle a été décrite par Edred Thorsson et Freya Aswynn inclue la divination, les voyages de l'âme, la métamorphose, la nécromancie et l'art de maudire. Je [NdT : l'auteur, Ed Richardson] devrais également ajouter la magie des sigils (sous sa forme moderne) et la guérison. J'expliquerai pourquoi plus loin, mais nous prendront d'abord en compte les autres formes de magies.

    Dans la Saga d'Eric le Rouge, la divination est effectuée par la Spákona (prophétesse) qui a recourt à un costume et à des accessoires très élaborés. La musique était utilisée pour parvenir à la transe durant laquelle l'âme effectue un voyage pour trouver les réponses. La Völva employait une méthode similaire, bien que la Spákona utilisait parfois les runes pendant le processus.
    Miranda Eliade a suggéré que les Völvas employaient la divination principalement pour des questions relatives à la météo et à la fertilité. Cependant, il dit aussi qu’Odin avait recours au Seiðr pour avoir un aperçu des événements importants. Les préoccupations de ce dieu étant davantage d'ordre guerrier, il est donc probable que d'autres types de praticiens employaient le Seiðr dans un contexte militaire.

    Le voyage de l'âme étant lié à la divination, nous allons maintenant considérer ce dernier plus en détails. Les traditions chamaniques fonctionnent sur la base des différents niveaux de réalité : la réalité ordinaire et l'Autre-Monde.
    L'Arbre-Monde apparaît dans la plupart des cultures chamaniques, comme un axis mundi (axe du monde), le centre de l'univers connectant les différentes réalités et les différents mondes. Dans la Tradition Nordique, le cheval possède un sens symbolique, représentant un moyen de transport vers l'autre monde, le chaman étant celui qui le chevauche. De façon similaire, l'arbre du monde est appelé Yggdrasil, « le coursier d'Odin ». Le lien entre le cheval et le Seiðr sera approfondi plus loin. Revenons-en au Seiðr : lorsqu'il se trouve dans un état de conscience altérée (ou "en plein bouillonnement") le magicien peut voyager le long d'Yggdrasil pour accéder aux autres mondes. Comme mentionné plus haut, le voyage de l'âme était utilisé par les Völva / Spákona comme une projection astrale à des fins divinatoires. Le voyage de l'âme du Seiðr apparaît dans le mythe où Hermód effectue sa chevauchée vers Helheim pour demander à la déesse Hella de libérer Balder, dont la mort prématurée a été provoquée par Loki. Thorsson suggère que c'est là l'une des principales formes du Seiðr.

    Certains voyages peuvent également inclure le changement de forme. Thorsson et Eliade l'associent au changement de forme. L'usage le plus célèbre est sans doute l'usage qu'en font les berserkers et d'autres magiciens-guerriers dans le but d'acquérir des pouvoirs surhumains au combat. Ces capacités incluent la force, la résistance à la douleur et l'escapologie. Ces guerriers étaient particulièrement craints et constituaient une élite. Selon Freya Aswynn, le changement de forme est également associé à la magie malévolente, certaines Völvas y ayant recourt pour envoyer des cauchemars.
    Le changement de formes est mis en avant dans les mythes et il y est fait allusion dans les descriptions des liens entre les praticiens du Seiðr et les animaux. Kaledon Naddair suggère que l'Eglise a associée le chamanisme aux animaux maléfiques. Lui et d'autres font allusion aux connexions entre les chevaux et le chamanisme. Nigel Pennick décrit de quelle façon le lien avec les animaux aurait pu être développé, à l'instar du rapport que le chaman entretient avec ses totems.

    Certaines déités possèdent des animaux totems, bien qu'il soit hautement improbable qu'un animal soit absolument rattaché à une divinité spécifique. Cependant, Freyja est associée aux chats, Odin aux loups et aux corbeaux, etc. Les mythes montrant les Ases et les Vanes utilisant le changement de formes demeurent parmi les sources les plus riches sur le sujet pour les praticiens. Odin se déguise et se métamorphose en serpent et en aigle pour récupérer de l'hydromel de l'inspiration après qu'il eut été volé par les Géants. Le géant Thjazi prend la forme d'un aigle pour enlever la déesse Iðun et s'emparer des pommes d'immortalité [NdT : de jouvence plus que d'immortalité] après quoi, Loki emprunte à Freyja sa peau de faucon pour aller la chercher. Ce dernier se change également en puce, en jument, et en saumon dans différents mythes. Les Dieux auront également des problèmes après avoir accidentellement tué un mortel, le fils de Hreidmar, qui avait revêtu l'apparence d'une loutre. [Ndt : cet épisode a lieu dans le Reginsmál].

    Lorsqu'elle est effectuée pendant un pathworking, la métamorphose est une forme de visualisation intéressante. Cependant, en utilisant des méthodes de transe, la métamorphose peut potentiellement devenir une forme de possession totale. Le terme « possession » désignant ici une forme de lâcher-prise total pour permettre à un autre aspect de sa personnalité ou à une entité de travailler à travers nous. Jan Fries a écrit sur ce sujet dans son livre Helrunar, et cette technique peut être rapprochée des méthodes employées dans la Santeria et le Voudoun. Le changement de formes peut être utilisé avec des animaux ou d'autres types d'esprits mais les esprits alliés sont les plus recommandés. Il est judicieux d'utiliser ce type de voyage pour établir des liens avec les entités avant d'essayer de recourir à la possession. Quand les relations avec eux sont établies, les totems personnels sont des alliés extrêmement précieux à invoquer parce qu'ils ont votre intérêt à cœur et que vous serez en mesure de donner un sens plus profond  à l'expérience par la suite.

    La Nécromancie a également sa place dans le Seiðr étant donné que le Royaume des Morts, Helheim, peut être, à l'instar du monde des vivants, visité par le biais de voyages. Si la Völva conduit une séance de Seiðr, la Hagzissa traite avec les fantômes et le Warlock maintient à distance certains esprits des morts indésirables. La possession par des spectres pourrait être possible et il serait intéressant d'avoir des retours à ce propos.
    Les mythes comportent des exemples de Nécromancie. Odin invoque le spectre d'une Völva pour découvrir les raisons pour lesquelles Balder a été troublé dans son sommeil et pourquoi sa mort a été prédite [NdT : sur les cauchemars de Balder, voir les Baldrs draumar, pour l'invocation de la Völva morte, voir la Voluspá, ou Dit de la Voyante]. L'exemple de la chevauchée d' Hermód a été mentionné plus haut. Odin et Freyja ont tout deux un rôle de psychopompes et se partagent les âmes des braves morts au combat, constituant ainsi une armée pour combattre les puissances des ténèbres lors du Ragnarök.

    Les malédictions ont été décrites comme faisant partie des pratiques relevant du Seiðr par Jan Fries et Freya Aswynn. Cependant les mythes et les sagas ne referment que peu de preuves de l'existence de charmes et d'incantations pendant la pratique du Seiðr. La magie malévolente est certes décrite, mais pour le praticien, elle est davantage associée à la métamorphose ou à la projection du Fetch [NdT : ici, son "double astral", aussi appelé "hugr"]. A l'heure actuelle il est cependant facile d'adapter les malédictions au Seiðr, en les performant lorsque l'état de transe approprié est atteint. De manière générale, ceci est  également vrai pour la magie des sigils et pour jeter des sorts.

    Le magicien pourrait préparer son sigil / runes liées / sort de la manière habituelle et se focaliser dessus pendant la session de Seiðr, utilisant la transe pour en canaliser l’énergie.

    La guérison en tant que pratique authentique du Seiðr a été très contestée, mais seulement par ceux qui considèrent le Seiðr uniquement sous l'angle de la Völva. Dans la définition du Seiðr nous rencontrons le concept d'ébullition et de concocter quelque chose dans le « chaudron-du-Seiðr ». Alors qu'il ne fait aucun doute que l’induction de la transe se fasse de cette manière, il semble logique que des remèdes le soient également. D'après mon expérience personnelle, la transe du Seiðr peut être employée pour identifier les esprits malveillants qui provoquent des maladies chez les patients. Une fois identifié, l'esprit responsable de la maladie peut être piégé par exemple dans un cristal, une sphère de chaos ou un labyrinthe. Cette méthode est merveilleusement illustrée dans le roman de Brian Bates, Le Sorcier : La voie du Wyrd. Jan Fries mentionne également le lien entre Seiðr et guérison.

     La clé du Seiðr est l'état de conscience altérée.  Le terme "bouillonnant" peut être employé pour décrire l'état d'un praticien pendant son travail, parce que des tremblements se produisent souvent. Jan Fries soulève de manière très juste que ces tremblements peuvent être, ou pas, sous le contrôle du praticien, et fait référence à la "pseudo-épilepsie". A cela je  souhaiterais ajouter que les tremblements corporels ne sont pas un indicateur suffisant, c'est  l'esprit qui doit "bouillir". D'après mes propres expériences, ce type de tremblement corporel peut survenir après un orgasme ou après une exposition prolongée à des températures alternativement très chaudes et très froides, après avoir jeûné. Les pratiques chamaniques, similaires au Seiðr, ont souvent été associées à l'épilepsie. Cependant, la plupart des chaos/tes seront familiers avec différentes gnoses, particulièrement celles atteintes par ce qu'un contributeur pour le Chaos Magazine nomme "sex, drugs and rock'n'roll".

    L'orgasme a une utilité dans le Seiðr, et la magie comme  la sexualité ont souvent été rattachée à sa pratique. L'Eglise a accusé le chamanisme et le Seiðr d'être à l'origine de déviances sexuelles (alors, qu'est-ce qu'on attend ?) et utilisa le terme ergi, qui signifie "crasse, sale" [NdT : je suis plus que dubitative sur cette affirmation, le terme ergi étant une insulte pour désigner un manque de virilité, à moins qu'il ne s'agisse d'une association d'idée. Ceci étant, il n'est pas certain que la notion d'homosexualité telle que nous la connaissons aujourd'hui ait eu du sens à l'époque.] Les secrétions sexuels et le sang menstruel peuvent être utilisés en magie pour lier des objets au sorcier. La transe induite par le sexe (généralement atteinte plus facilement de manière lente et détendue) est parfaite pour les visions et les voyages. Les mythes décrivent généralement les Vanes comme étant ceux qui ont enseigné aux Ases l'art du Seiðr (bien que certains mythes racontent qu'Odin l'ait inventé). Les Vanes sont généralement décrit comme étant pacifistes (comprendre des merdes au combat ) (sic) et n'utilisant des armes primitives que s'ils étaient forcés de se battre (comme je l'ai dit...) (re-sic) Par conséquent, ils furent vaincus par les Ases qui s'installèrent sur leurs terres et absorbèrent une grande partie de leur culture.  Bon, qu'est-ce que cela a à voir avec le sexe ? Les Vanes comprennent une série de dieux et de déesses qui représentent la nature et la fertilité, dont le culte impliquait extase et rites sexuels.
    La prédominance de cet aspect sexuel était représentée par la déesse Freyja. C'est elle qui apprit le Seiðr à Odin. Dans les différents mythes, Freyja est décrite comme utilisant sa sexualité dans un contexte magique, comme il est décrit qu'elle possède la capacité de se métamorphoser. Freyja a recourt au sexe pour obtenir le collier des Brisingar, ce que l'on peut interpréter comme le fait de gagner son inspiration magique par le biais de rites sexuels.

    Parlons maintenant des drogues. Odin étant légèrement porté sur l'hydromel, il peut éventuellement être invoqué quand on est bourré, toutefois il ne sera sans doute pas facile de se souvenir des événements ultérieurement. (sic) Les berserkers auraient fait usage de l'Amanite Tue-Mouche pour atteindre un état de conscience altérée avant de changer de forme. Alby Stone va encore plus loin en suggérant qu'Yggdrasil puisse être en réalité une Amanite Tue-Mouche... Ceci étant, Yggdrasil est indubitablement décrit comme étant un arbre, bien que le blanc du tronc puisse évoquer le pied d'un champignon, il peut tout aussi bien évoquer un bouleau, un arbre au pied duquel poussent souvent les amanites. En dépit du peu de traces de son utilisation rituelle dans le nord de l'Europe, il semble raisonnable de supposer que les champignons contenant de la psilocybine comme le Psilocybe lancéolé ou la Fausse chanterelle aurait pu être utilisés. Le "bouillonnement" du Seiðr pourrait être rapproché du brassage de la bière ou des mixtures à base de champignons.

    La musique et la danse sont également des moyens efficaces pour parvenir à un état de transe. Les danses chamaniques telles que décrites par Gordon MacLellan et Michael Harner peuvent être utilisées pour les possessions par les animaux de pouvoir.  Danser jusqu'à l'épuisement est une autre technique possible.
    Dans la Saga d'Egil, la musique, en l'occurrence le chant, est utilisé pour que la Völva parvienne à se plonger en transe. La glossolalie, ou le galdr (chanter les runes) [NdT : très grossièrement, le galdr est le fait de chanter un sortilège, pas juste les runes] peut s'avérer redoutablement efficace, et notamment les "chants de pouvoir".
    D'après Mircea Eliade, les battements du tambour sont associés depuis longtemps aux pratiques chamaniques, mais ces battements ne doivent pas être confondu avec la cacophonie de battements et de chants gnan-gnan "nous venons tous de la déesse" auxquels on a généralement droit dans les rassemblements païens. (sic)
    Le rythme doit être continu : plus on bat le tambour, plus l'esprit peut "parvenir à ébullition". J'ai découvert que pratiquer en groupe de deux ou trois personnes dans une pièce totalement noire, avec un hochet et deux tambours produit des visions absolument fascinantes, mais seulement après vingt à trente minutes d’affilée.
    L'expérience ultime est peut-être celle de la rave party, où l'ectasy (Mes enfants, rappelez-vous que prendre de la drogue, c'est illégal et très vilain !) (sic) et la musique assourdissante combinées à une danse frénétique constituent une parfaite opportunité pour pratiquer. Un live d'Ozric tentacles doit sans aucun doute être une réussite de ce point de vue là.  Un praticien avisé trouvera sans aucun doute d'autres techniques pour parvenir à un état de conscience altérée, sans cela, impossible de pratiquer le Seiðr.

    Avant de parler du cheval et de sa relation avec le Seiðr, voici un aperçu de la magie d'Odin en guise d'exemple "d'ébullition".
    Le passage suivant est un extrait du Hávamál [NdT : la traduction est celle de Régis Boyer, L'Edda poétique, Fayard, 1976] et montre de quelle manière Odin se sert de la douleur, de la faim et de la soif pour atteindre un état altéré par le biais duquel il découvre les runes.

    Je sais que je pendis
    A l'arbre battu des vents
    Neuf nuits pleines,
    Navré d'une lance
    Et donné à Ódinn,
    Moi-même à moi-même donné,
    - A cet arbre
    Dont nul ne sait
    D'où proviennent les racines.

    Point de pain ne me remirent
    Ni de corne ;
    Je scrutai en dessous,
    Je ramassai les runes,
    Hurlant, les ramassai,
    De là, retombai.

     Le cheval apparaît fréquemment comme un symbole lié à la pratique du Seiðr. Le culte du cheval comporte souvent une forte connotation sexuelle. Kaledon Naddair a écrit sur l'utilisation du cheval dans les rituels de fertilité, et par cheval, nous entendons ici une grosse bite (sic). H.R. Ellis Davidson mentionne des rapports de l'Eglise affirmant que des Völvas avaient des  rapports sexuels avec des chevaux.  Ceci est probablement un indicateur de l'importance du cheval dans le culte des Vanes, et par la suite dans celui des Ases et la raison pour laquelle manger du cheval est toujours tabou de nos jours dans les pays germaniques / scandinaves.

    Le cheval d'Odin, Sleipnir, est particulièrement intéressant quand on le considère dans le contexte du Seiðr. Il possède huit pattes et la capacité de voler dans les airs. Sleipnir pourrait-il être une représentation mythique d'Yggdrasil (qui signifie "coursier d'Odin") l'arbre du monde et l'aptitude chamanique pour visiter les autres mondes ?

    Ce qui nous amène à la valknut. Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur ce symbole, mais certains de ses secrets demeurent incompris. La valknut n'est pas simplement un des symboles d'Odin, mais peut être associée au processus qu'il entreprend. Elle peut en effet symboliser celui qui pratique le Seiðr. Ce lac de neuf angles formés par l'entrelacs de trois triangles a été appelé "le nœud des occis". En tant que symbole des morts, elle peut également être le symbole de l'état de conscience altérée (ces deux concepts étant intimement liés). Les occis sont aussi ceux qui acceptent leur sort, et ainsi libérés, mettent leur volonté en mouvement. Odin a accompli ceci par un travail initiatique dont le paroxysme est son épreuve sur l'arbre. Il a été également émis l'hypothèse que les trois triangles puissent représenter les trois Nornes : Urd, Verdandi et Skuld, les déesses qui déterminent le passé, le présent et... attendez, ce qui est déterminé par le présent (les anciens scandinaves n'ayant pas d'autres concepts pour le futur). Les trois Nornes façonnent le wyrd et le magicien connaît sa place (ou ses limites / son background) et travaille librement en accord avec ces données, peut-être les transcende-t-il dans une certaine mesure. Le magicien maîtrise le temps mais il maîtrise aussi l'espace. Les neuf points représentent les neuf mondes que le praticien du Seiðr peut visiter. Ainsi, le valknut représente-t-il le processus de magie transcendantal du Seiðr dans son sens le plus pragmatique. Odin chevauche à travers l'univers sur un cheval magique et prend part au processus, d'où son association avec ce symbole.

     Pour en revenir à Odin et aux chevaux, il semble que notre borgne ait quelques noms en communs avec eux. Notamment Jalkr, ce qui signifie hongre (ce nom a d'accord été la source de nombreuses spéculations sur le fait qu'Odin était un eunuque ou qu'il avait des pratiques "efféminés" -bien que rien chez Odin ne soutienne cette théorie-  et Völsi, « phallus » (mais que l'on peut aussi traduire par "Saint Homme".)

    Après avoir examiné tous ces aspects du Seiðr, nous devrions maintenant considérer les raisons pour lesquelles il a été aussi décrié par les occultistes qui utilisaient les runes. Le sexisme et le Christianisme sont en grandes parties en fautes, ainsi que les occultistes qui ont pris pour argent comptant tout ce qu'ils ont lus ou entendus. Certaines pratiques du Seiðr, comme celles de la Völva ont été décrites comme indignes d'un homme. Probablement parce que dans une sorciété guerrière, il aurait été malavisé pour un homme de se mettre en situation de vulnérabilité en se laissant aller à partir en transe. La majorité des praticiens du Seiðr n'étaient cependant pas des Völvas : les femmes qui pratiquaient le Seiðr étaient désignées sous le nom de Seiðrkonar et Seiðrmðr pour les hommes. Les berserkers étaient exclusivement des hommes.
    Les hommes qui pratiquaient le Seiðr étaient décrit comme étant ergi, ou "crasseux" [Ndt : voir plus haut], mais ces descriptions ont été données par une Église patriarcale qui considéraient que les femmes n'avaient pas d'âme et étaient au-delà de toute rédemption, et que les hommes devaient être mis en garde contre les dangers de la sorcellerie et des plaisirs de la chair. La notion de "perversion sexuelle" a été utilisée tout au long de l'histoire comme une accusation à chaque fois qu'un groupe en dominait un autre et le persécutait. Mais peu importe ce que les praticiens du Seiðr se soient pris dans le cul, ou non (sic), la "sinistre et terrible perversion" qui terrifiait autant le monde chrétien était que ceux qui pratiquaient le Seiðr "bouillonnaient" avec et pour l'extase.


    Bibliographie 

    Nigel Aldcroft-Jackson - Call of the Horned Piper [Capall Bann] / Freya Asynn - Leaves of Yggdrasil[Weiser]; Seiðr Magic as found in Talking Stick magazine, No. 7 / Neville Drury - Elements of Shamanism [Element] / Kevin Crossley-Holland - The Norse Myths / Mircea Eliade - Shamanism / Jan Fries - Visual Magick and Helrunar [Mandrake] / Nicholas Hall - Chaos and Sorcery / Michael Harner - Way of the Shaman / Gordon McLellan - Practical Totems as found in Talking Stick No.11 / Nigel Pennick - Practical Magic in the Northern Tradition / Alby Stone - A Root of Yggdrasil as found in Talking Stick No.12; The second Merseburg Charm as found in Talking Stick No.11; Seiðr as found in Talking Stick No.10 / Snorri Sturlusson - Edda / Edred Thorsson - Futhark and Runelore

    This article was first published in Chaos International magazine, issue 20.

     

     

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