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    Notes sur la localisation d'Avalon

    Extrait du livre Arthur, Alban Gauthier, ellipses, 2007

     

    Parmi [les] destinations lointaines et imprécises [qui égrènent l’imaginaire arthurien], il faut ménager une place toute particulière à Avalon. On a vu que Glastonbury était devenue, à partir du XIIe siècle, la localisation la plus courante, mais cette association n’est guère plus ancienne. En réalité, Avalon est partout et nulle part, et aucun site ne peut être défendu de manière univoque, car Avalon n’est rien d’autre que l’Autre Monde. On a vu comment, très tôt, le légendaire gallois avait entraîné Arthur dans des expéditions vers le monde des morts. Cette tendance est restée très présente, à la fois dans la « grande » littérature et dans la production « populaire » : dans la Mort Artu, Morgane et d’autres fées emmènent Arthur blessé dans l’île d’Avalon, ce qui est un décalque évident du voyage en bateau vers l’Autre Monde ; (…)

     

    Avalon signifie littéralement « le lieu des pommes », du gallois Ynys Avallach : Geoffroy l’appelle d’ailleurs indifféremment insula Avallonis dans son Histoire des rois de Bretagne, et insula pomorum, « île des pommes », dans sa Vie de Merlin. Le toponyme est relativement répandu dans les pays de langue celtique : il suffisait, après tout, qu’il y eu là un verger ! On retrouve néanmoins derrière ce nom une vieille idée commune à de nombreuses mythologies européennes : il y aurait vers l’ouest, loin dans l’océan, une île fortunée et couverte d’arbres fruitiers où les morts vivraient en paix et dans l’abondance, où leurs blessures pourraient être soignées ; des voyageurs régulièrement y accostent accidentellement et n’en reviennent que des années plus tard, alors que leur séjour a paru bien plus court ; des femmes très belles et très douces y vivent, qui sont en réalités des déesses et des fées. On retrouve ce motif tant dans la mythologie grecque (les pommes d’or du jardin des Hespérides dont Hercule doit s’emparer) que dans le folklore ouest-européen. L’île de Sein, les Sorlingues, l’Irlande, les Açores et même les Antilles ont parfois passé pour les « véritables » îles Fortunées, mais il vaut mieux ne pas les identifier de manière trop précise. Chacun situe le monde féerique et le monde des morts o ù il le souhaite, et souvent à proximité de chez lui !

    Ainsi, chaque région a trouvé où elle voulait son « Avalon » : à Glastonbury, en Irlande, dans les terres englouties supposément situées quelques part sous l’Atlantique (ville d’Ys, Atlantide, terre de Loonois, et bien d’autres) . Il n’est même pas nécessaire de le chercher exclusivement au large de la Grande ou de la Petite-Bretagne. Des légendes italiennes font du mont Etna la dernière demeure d’Arthur et ce depuis le XIIIe siècle au moins. La ville d’Avallon, dans l’Yonne est elle aussi une candidate toute trouvée puisque c’est non loin de là (à Siesia, entre Langres et Autun) que Geoffroy situe le dernier combat entre Arthur et les Romains. De même, le hameau et la tour d’Avalon, à Saint-Maximin près de Pontcharra-sur-Bréda (Isère) se retrouvent au centre d’un réseau légendaire connexe au cycle arthurien. Toujours représenté par l’iconographie en compagnie d’un cygne, saint Hugues d’Avalon, évêque de Lincoln, né vers 1140 à Avalon, mort en 1200 et canonisé en 1220 a été l’un des conseillers les plus écoutés du premier roi Plantagenêt. Sa légende raconte comment il vécut toujours en compagnie d’un cygne : au moment de la mort de l’évêque, l’oiseau se coucha aussi et mourut avec lui. Le cygne de Lohengrin (le fils de Perceval), la personne d’Henri II, le voyage vers l’Autre Monde et le toponyme même d’Avalon se retrouvent ainsi autour de la légende de saint Hugues ; Philippe Walter1 a même rapproché de manière très convaincante la figure du cygne psychopompe (accompagnateur du mort dans son dernier voyage) et celle du navire dans lequel Morgane, la femme-oiseau, emmène Arthur vers Avalon.

    1 : Philippe Walter, Arthur. L'ours et le roi, Paris, Imago, 2002